Une journée de dingue (partie 2)

Quatorze heures, je quitte le taf. Encore quelques heures à tuer avant mon rendez-vous. J’arrive chez moi, je me fume direct une clope avec un jus d’orange (bon ok un gros oinj avec une bière) et je me pose devant l’ordi. YouTube ou YouPorn? YouPorn ou YouTube? L’éternelle question. Se taper une barre ou une queue? Gros dilemme!

Seize plombes, merde j’ai passé trop de temps à scotcher devant You-truc-bidule. Mon appart est en bordel, putain mais si on débarque ici elle va malkifer! Vite je range! Allez on cache tout dans les placards et sous le lit. Les caleçons sales dans un sac pas poubelle, les mouchoirs si. Beurk, le mouchoir à côté de l’ordi est tout mouillé! J’ai dû me moucher. Plausible en tout cas.

Un texto de Jenny:

📱-Je sors de cours.

Vite, plus qu’une demi-heure pour arriver au rendez-vous, il faut que je parte!
Je rentre dans le métro. Plus j’approche de Châtelet plus le stress monte. J’ai même pas entendu sa voix. Si ça se trouve c’est pas une meuf mais un grand malade qui a chopé des photos mitos sur le net et qui se tape des barres. Non je tripe là. Plus que trois stations! Grosse montée d’adrénaline! Je kife et malkife à la fois. Quel air dois-je prendre? Confiant? Ou alors je reste naturel, en stress total.
Une station! Si Jenny est du genre ponctuelle elle m’attend depuis déjà dix bonnes minutes. J’ai fait exprès de me mettre en tête de train pour bien scanner tout le quai avant que le train s’arrête. Le trom entre en station. Je scanne. Je la capte direct: la seule qui s’est pas levé de son siège en voyant le train arriver. Les starting-blocks s’ouvrent, je descends et me dirige vers elle. Elle m’a vu! Elle se lève et marche vers moi avec un grand sourire. Je regarde mon portable avant de le remettre dans ma poche, comme si j’avais d’autres trucs en tête. Le naturel ça l’aurait pas fait je pense.

-Salut, avons-nous dit presque en même temps.

On se fait la bise. Bon jusque là tout va bien. On échange quelques banalités en se dirigeant vers une sortie au pif.

-Alors on fait quoi? Me demande Jenny, blonde comme sur la photo.

-On peut marcher un peu au hasard et s’arrêter dans un café par exemple.

-Ca me va! Répond mon inconnue.

Nous marchons. Il s’agit de bien présenter, de pas faire tout foirer, de pas sortir de phrases abusées. Ca c’est dur! Comment lui cacher que j’ai qu’une seule envie c’est de rentrer avec elle et faire du sexe. Si ça se trouve elle aussi. Les mecs sont plus francs là-dessus, ou moins romantiques, je sais pas.

-Tiens regarde, dis-je en pointant un bar du doigt, ça a l’air cool ici non? (J’ai surtout vu le panneau Happy Hour 18h-21h)

-Oui très bien.

On se dirige vers le bar.

-Ah et en plus c’est Happy Hour, ai-je fait semblant de capter sur l’instant.

-Il est pas encore 18h me fait remarquer la ptite. Encore cinq minutes. On se fume une clope en attendant?

-Très bonne idée j’lui réponds.

-T’as pas une feuille? J’ai plus que du tabac.

Je lui sors mon paquet de grande feuilles:

-Par contre, j’ai que des grandes.

-Ah oui tu bédaves? S’enthousiasme-t-elle.

-Et Ouais!

-Oh t’en as pas un à payer?

-Bah oui… mais chez moi. (j’ai failli en sortir un de ma poche mais au dernier moment je me suis dit que ça nous ferait un bon prétexte pour nous retrouver seuls) Si tu veux on y va, et puis j’ai à boire aussi, c’est à quinze minutes à pieds à peine.

Merde j’ai l’impression que je l’ai mise mal à l’aise, elle hésite…

-Allé soyons fous, me soulage-t-elle, mais je te préviens il ne se passera rien.

-Ok ok! De toute façon y’a pas que ça dans la vie, lui mito-je.

On approche de chez moi, deuxième montée d’adrénaline de l’aprem, pour elle aussi j’imagine. J’espère que j’ai rien laissé traîner de chelou. Et mon pc? Est-ce que j’ai bien fermé l’onglet de la vidéo qui m’a coûté un mouchoir? Bon ça sert à rien de stresser, j’essaye de me calmer. En tout cas pas mal ma nouvelle technique de pas tenter d’embrasser la meuf direct, fallait y penser!

-C’est là.

Je tape le code. La porte s’ouvre. La gardienne est dans le hall, ça c’est une chance! Si je lui tape la discute avec un grand smile ça rassurera la ptite blonde de voir que j’habite vraiment là et qu’en plus quelqu’un nous à vu monter ensembles. Et du coup ça me destressera de la sentir rassurée. Je tchatche la gardienne avec une passion subite pour les histoires du syndic.

-T’es à quel étage? me demande Jenny.

-Deuxième.

-Ah ça va! Dit-elle avec humour comme si elle se serait barré si j’avais dit septième.

On arrive devant ma porte. Je l’ouvre, on rentre. Ouf, le pc est éteint.

-Bon c’est un appart de mec, Je lui sors avec un air désolé.

-Pas de souci. Au fait faut que je te dise, je m’appelle pas Jennifer mais Emilie . Tu comprends, on sait jamais…

-Oui c’est sûr, blaguais-je, avec un prénom peu commun comme le tien on pourrait te retrouver facilement.

-Arrête! Me dit elle en me donnant un coup de coude.

Je nous sers à boire, roule un beau zdar, et me pose à côté d’elle sur le canap. On parle. Puis je me découvre une autre passion subite. Pour la joaillerie cette fois:

-Oh fais voir ta bague! Elle est marrante!

Elle me donne sa main. Je la prends pour admirer la bague, ou pour entrer en contact physique avec elle, je sais plus exactement. Et là au lieu de lui rendre sa main, je la garde en parlant tout de suite d’autre chose, comme si j’avais oublié que je la tenais encore. Troisième montée d’adrénaline. Soit elle reprend sa main dans deux secondes soit elle me la laisse.

-Laisse-la moi, laisse-la moi, tentai-je de lui dire par télépathie au cas où ça existe, au moins j’aurai mis toutes les chances de mon côté.
Elle me la laisse! Trop bon! On fait tous les deux semblant de pas avoir besoin de nos mains même si en vrai je rallumerai bien le oinj posé dans le cendar. Elle aussi si ça se trouve. Ah, elle a bougé un doigt. Sa bague la gêne? Ou alors elle me caresse l’air de rien? Merde j’écoute rien de ce qu’elle me dit. Heureusement elle termine par:

-[…] tu trouves pas toi?

-Si si grave, t’as raison!

Ouf je m’en sors bien. Son doigt re-bouge! Top! Elle me caresse en fait! J’en fais autant. Elle pose sa tête contre moi et ferme les yeux en mode sieste. Toujours aucun signe de désir sexuel ni sur son visage, ni dans ses propos. Eh faut être confiant n’empêche! Sinon juste en la regardant comme ça on pourrait très bien penser qu’elle a vraiment besoin d’une sieste ou d’un massage de l’auriculaire.
Je lâche sa main pour passer mon bras autour d’elle. Elle se blotti d’avantage. Je lui embrasse le front, comme si je lui souhaitais une bonne sieste. Puis la joue. Et là elle tourne la tête pour m’embrasser. L’atmosphère change d’un coup. En tout cas Emilie n’est plus fatiguée. Ca y est c’est parti, on se lâche.

* * *

Emilie n’est pas une grosse chaudasse, mais c’était bon! J’ai kifé. Et puis je peux reprendre le oinj maintenant en plus. Je suis pressé de raconter ça à Steeve, mon meilleur pote, il serait fier de moi. Elle est cool la miss. Je crois que j’ai compris un truc: la drague, pour les mecs, c’est que du mito! Si tu dis ce que tu ressens dès le début t’est mort! Et pourquoi elle m’a dit « Je te préviens il ne se passera rien! », y croyait-elle vraiment? Ou alors je suis tellement un goss-beau qu’elle a brisé la règle qu’elle nous avait elle-même fixée…

-Tu penses à quoi? Me demande Emy de sous la couette que j’avais quittée pour rallumer le pet.

Et boum! La question horrible où on se dit « vérité? mito? vérité? mito? » Y’a personne sur terre qui pourra vérifier que tu dis vraiment ce à quoi tu pensais. Free-style ou transparence? Souvent on prend un air penseur genre « comment je vais traduire ma pensée en mots? » histoire de gratter du temps pour peaufiner un ptit mito si la pensée en question était gênante.

-Euh… Je pensais à plusieurs truc en fait, ai-je gratté quelques secondes de réflexion supplémentaire.

« vérité? mito? » Merde le temps qui m’est imparti pour répondre sans avoir l’air trop chelou touche à sa fin.

-J’me demandais un truc: pourquoi vous les femmes vous dites souvent « je te préviens il ne se passera rien » alors que c’est rarement le cas? Les envies sexuelles vous viennent toujours au dernier moment? Ou alors vous arrivez pas à assumer quand vous avez envie de sexe?

-Haha (rigole)-t-elle, c’est plus compliqué que ça! Déjà on a besoin d’apprécier un minimum la personne, de pas sentir que le mec est en chien, qu’il aurait fait ça avec n’importe qui. Et puis ça fait une sélection aussi. Moi j’ai remarqué qu’en général les mecs qui sont pas foutus de sortir de leurs pensées sexuelles pour communiquer deux minutes avec la nana eh bah ceux là ils sont nuls aux pieu, ou en tout cas il s’en foutent complètement que la meuf jouisse ou pas. Égoïstes quoi. Genre (elle imite comme elle peut une voix de mec) « Ca y est c’est bon j’ai joui, je m’en fous maintenant, tout ce que j’attends c’est qu’elle se barre pour que je puisse appeler mes potes pour me vanter d’avoir serré »

Oh putain elle m’a tué là sur le truc d’appeler un pote après. Et puis je sais même pas si elle a pris du plaisir, je me suis pas posé la question sur le moment. Merde, serai-je égoïste? Nan pas moi quand même!

-Oui j’avoue c’est abusé les mecs comme ça, répond mon orgueil à haute voix.

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